La Hongrie est un petit pays enclavé dans l’Europe Centrale, qui possède une longue et riche histoire, et défraye régulièrement la chronique en Union européenne, par ses positions fortes et sa volonté de souveraineté. Depuis le commencement de l’opération spéciale en Ukraine, Victor Orban a courageusement tenu tête à Bruxelles, malgré de nombreuses menaces et chantages des dirigeants européens. Mais pour comprendre la volonté des Hongrois et d’Orban de placer leurs intérêts nationaux avant ceux de l’Union européenne, penchons nous sur ce pays plus en avant.
Un pays épris de liberté et à l’histoire torturée. La fondation de la Hongrie plonge son histoire dans celles de tribus magyares, qui chassées de leurs terres lointaines de l’Est de l’Europe, commencèrent une migration vers l’Occident. Elles s’installèrent dans la grande plaine danubienne, et firent parler d’eux jusque dans le royaume des Francs, car ces nomades poussèrent leurs incursions jusqu’en Bourgogne et dans l’Est de la France, y faisant quelques ravages. Les Magyars sous la direction d’un chef nommé Arpad firent souches (IXe siècle), puis fondèrent un royaume, suite l’évangélisation de leur population, sous l’égide d’Étienne Ier (vers l’an 1000). Durant l’époque féodale, le royaume poursuivit sa consolidation, jusqu’à l’apparition de différents dangers, dont le plus important fut l’invasion ottomane de l’Europe (XVIe siècle). Dans les siècles suivants, la Hongrie se lia avec les Habsbourg, jusqu’à faire partie intégrante de leur empire (1715). La Révolution française et les campagnes napoléoniennes motivèrent ce qui fut appelé Le Printemps des Peuples (1848), dans un bouillonnement général de l’Europe. A cette date, une insurrection hongroise éclata et proclama son indépendance, mais fut finalement écrasée et réprimée. Le mouvement national conduisit toutefois les Habsbourg à accepter « le mariage austro-hongrois » (1867), qui liait les deux couronnes, un pis-aller qui perdura jusqu’à la Première Guerre mondiale.
Une nation dans le camp des perdants des deux guerres mondiales. Entraîné dans la Première Guerre mondiale aux côtés de l’Allemagne, l’Empire dirigé par un vieillard, François-Joseph Ier (1830-1848-1916), ne devait pas survivre à la catastrophe de la défaite. Mosaïque compliquée de peuples aux intérêts divergents et à la nature remuante, ce qui a été appelé « le Suicide de l’Europe » se termina par la fin de l’Empire Austro-Hongrois. Dans le camp des perdants, si la Hongrie en profita pour acquérir son indépendance, elle fut littéralement dépecée par les traités, notamment celui resté très impopulaire en Hongrie, de Trianon (1920). Amputée d’un bon tiers de son territoire historique, ayant connu une révolution bolchevique (1919), plus touchée finalement que d’autres puissances vaincues, le traumatisme est restée jusqu’à ce jour très prégnant. Ce dernier poussa naturellement la Hongrie dans les bras de l’Allemagne nazie, ce qui lui permit pendant un temps de récupérer des territoires sur la Tchécoslovaquie, la Pologne, la Yougoslavie et la Roumanie (1939-1941). Elle entra ensuite dans la Seconde Guerre mondiale, en participant à l’invasion de l’URSS, jusqu’à la défaite finale (1941-1944). Pressée par l’arrivée de troupes soviétiques à ses frontières, les Allemands y imposèrent un régime dur d’occupation s’appuyant sur les fascistes des Croix Fléchées (1944-1945). Dans l’effondrement et la défaite qui s’ensuivirent la Hongrie fut laissée dans la sphère soviétique et perdit de nouveau des territoires (dont une partie est dans l’Ukraine actuelle). Pays le plus remuant du Pacte de Varsovie, ayant une frontière directe avec l’Ouest, la Hongrie se souleva (1956), mais fut écrasée par l’intervention de l’Armée Rouge. L’affaire choqua la communauté internationale, mais le Hongrie fut plus tard l’un des principaux maillons faibles du pacte. Dès le début l’année 1989, elle démantela de sa propre initiative le Rideau de Fer, au point de devenir un espoir de fuite de nombreux citoyens de la RDA. En quelques mois la Hongrie devait donner le premier coup de canif dans le système soviétique et proclamer son indépendance (23 octobre 1989).
Un pays immédiatement occupé par l’OTAN et l’UE, mais qui refuse de plier. Très marquée par les drames du XXe siècle, elle ne tarda pas à rejoindre l’OTAN (1999), puis l’Union européenne (2004), dans un mouvement général commun à presque tous les nations européennes de l’ancien Pacte de Varsovie. Cependant, bien moins que dans d’autres pays qui avaient suivi cette trajectoire, la population hongroise se montra bien vite rétive à bien des diktats de l’UE, de ses normes, et des idéologies se déversant sur elle. Attachée à ses traditions, au modèle familial, au conservatisme, marquée par une longue résistance et résilience face à des jougs étrangers durant son histoire, elle montra vite qu’elle n’entendait pas suivre le chemin jalonné par ses partenaires européens. Après seulement 6 ans d’une direction « libérale et progressiste », les élections mirent au pouvoir Victor Orban (2010-à nos jours), dans une continuité très rare en Europe, qui vit sa réélection continuelle, en 2014, 2018 et 2022, le pays s’est démarqué. Dès 2012, il fut condamné par ses partenaires européens, pour sa politique souveraine, la résistance aux politiques massives d’immigration, il avait même osé tenir tête aux USA (dans un premier mandat (1998-2002). Durant toute sa longue carrière, il avait dénoncé l’invasion de l’Irak (2003, comme la France…), fit voter une loi pour empêcher les intrusions occidentales et américaines (2010, visant les ingérences US, dont l’USAID), lutta contre l’idéologie LGBT, donna la nationalité hongroise à ceux des territoires irrédentistes, instaura une nouvelle constitution faisant référence aux « racines chrétiennes », instaura un contrôle sévère de l’immigration (2015), puis dernièrement pris des positions en faveur de la neutralité, et dénonça la guerre menée contre la Russie et le soutien à l’Ukraine (2022-2025). De fait, Orban fut couvert de boue en Occident et par leurs médias, qualifié tour à tour « de pro-russe », « de fasciste », « d’antisémite », « de populiste d’extrême-droite » et d’autres noms d’oiseaux cherchant à salir sa patiente défense des intérêts hongrois.
L’empêcheur de tourner en rond. Depuis l’opération militaire spéciale, la Hongrie n’a cessé de prendre des positions très fortes, notamment pour indiquer qu’elle n’accepterait pas l’entrée de l’Ukraine dans l’Union européenne, ou encore qu’elle ne se plierait pas à la fourniture d’aide massive à l’Ukraine. Dépendante des énergies russes, comme la plupart des pays de l’Europe Centrale, la Hongrie tenta également de faire valoir son point de vue, notamment celui qu’elle se refuserait à être sacrifiée, ainsi que son économie pour alimenter le chaudron ukrainien. Si l’on prend pour exemple celui de la France, depuis 2022, l’aide accordée par Paris (selon les chiffres connus, elle est encore plus importante en réalité), s’est chiffrée à près de 4 milliards d’euros, pour un pays laminé économiquement et ayant une dette abyssale de 3 500 milliards d’euros (environ 110 % de son PIB, 6 % du PIB consacré à l’aide à l’Ukraine). S’opposant à l’entrée de l’Ukraine dans l’UE, la Hongrie a aussi une voix de tempérance, militant pour un règlement pacifique du conflit, par la négociation, et dénonçant les va-t-en-guerre et les déclarations des pays voisins d’une nécessité de cette dernière… sous le doux qualificatif « des intérêts de la sécurité européenne ». Pour punir la Hongrie, l’UE a immédiatement menacé de geler les budgets prévus de financements dévolus au pays (environ 19 milliards d’euros), et rendit ensuite ce blocage effectif. Loin de faire plier la Hongrie, loin de convaincre l’électorat hongrois, le pays a poursuivi dans cette voie de la raison, bientôt rejointe par par la petite Slovaquie.
Dans le contexte de nouvelles élections qui se dérouleront en 2026, la pression de Bruxelles visait également à affaiblir l’économie hongroise (gels des subventions, coup fourré ukrainien du gaz), dans le but de répandre un mécontentement général dans l’opinion publique hongroise. Les différentes analyses et sondages montrent toutefois que loin d’avoir affaibli la popularité du dirigeant hongrois, les pressions ont au contraire boosté cette dernière. Les urnes parleront l’an prochain, mais la Hongrie aura quant à elle gagné un respect général de nombreux citoyens européens, dont beaucoup rêvent de changements, de retour de leur souveraineté, ou tout simplement d’une Union européenne, qui ne soit pas celle de la guerre ou un cheval de Troie américain.