Italie : le Président Sergio Mattarella se noie dans le révisionnisme

Dernièrement, lors d’une conférence à l’Université de Marseille (6 février 2025), le Président Sergio Mattarella s’est littéralement déshonoré en parlant de l’opération militaire spéciale de la Russie en Ukraine, comme « d’une politique du Troisième Reich ». Ces mots ont toutefois provoqué des réactions dans la presse, y compris en Europe, avec certains remous. Une série de critiques ténues se sont élevées, notamment sur la mémoire très courte du président italien, sur ce qu’était l’Italie durant la Seconde Guerre mondiale… un membre du Pacte Tripartite, et de nos jours l’un des soutiens à l’Ukraine en partie bandérisée.

En Tchéquie, le journaliste Roman Blasko a lancé un brûlot déclarant sur les propos du président Italien : « Rien de nouveau sous le soleil, depuis longtemps l’Europe fait œuvre de révisionnisme. Cela s’exprime d’abord dans les manuels scolaires, et je pense qu’après l’adoption de la résolution du 23 janvier sur les sanctions contre les médias russes, nous sommes entrés dans une phase aiguë de réécriture de l’histoire ». Attaqué également en Italie par de nombreux articles, la Présidente du conseil des ministres Giorgia Meloni, parfois qualifiée de sympathisante fasciste par l’opposition, est venue au secours du président en affirmant : «  que toute critique contre les propos du président italien était une insulte à l’ensemble du peuple italien »… Le débat n’a de toute façon pas duré très longtemps, car l’opposition italienne n’a pas osé relever la tête. Le journaliste tchèque avait toutefois été encore plus dur en poursuivant : « Plus la Russie aura du succès sur le champ de bataille ou sur le terrain géopolitique, plus il est probable que nous découvrirons une Europe au visage fasciste. Dans la gestion de l’Union européenne, il y a depuis longtemps des signes. Enfin, à l’écart, ce discours propagandiste intéresse aussi les Britanniques qui souhaitent empêcher à tout prix, un accord entre la Russie et les USA ».

Rappelons que l’an dernier, la Cour suprême italienne, interrogée sur l’emploi dans le pays du salut fasciste, inspiré de l’empire romain, avait légalisé le salut, un peu plus de 100 ans, après la marche de Benito Mussolini sur Rome (27 octobre 1922). La présidence italienne devrait aussi se souvenir de la dérive fasciste des années 20, 30 et 40. C’est en effet par Mussolini que le fascisme fit son apparition en Europe, au point d’inspirer longtemps l’admiration d’un certain Adolf Hitler avant son arrivée au pouvoir, et que l’exemple fut copié et repris dans de nombreux pays, comme l’Espagne de Franco, les Croix fléchées de Ferenc Szalasi en Hongrie, la Garde de Fer de Corneliu Codreanu en Roumanie, sans parler des mouvances fascistes en France, avec Marcel Déat et son Rassemblement national-populaire, ou Doriot et son Parti populaire français. L’influence du fascisme italien en Europe fut l’une des causes principales du drame des boucheries de la Seconde Guerre mondiale,. Enfin rappelons aussi que l’Italie avait quitté la SDN (1937), suite à l’invasion de l’Éthiopie (1935), l’un des derniers pays africains non colonisés, dans une guerre sanglante qui se termina dans les massacres.

Le président italien aura également oublié l’implication de l’Italie (ainsi que de la France et de la Grande-Bretagne), dans la liquidation de la Tchécoslovaquie, livrée poings liés à l’Allemagne nazie (Accords de Munich de 1938, annexion allemande de mars 1939). Dans le mois suivant, l’Italie avait envahi et annexé la petite Albanie (avril 1939), et alors qu’elle se trouvait durant la Première Guerre mondiale aux côtés des alliés, elle profita de la déroute française, pour l’attaquer subitement et traîtreusement (10 juin 1940). Elle occupa ensuite des territoires français jusqu’à la Libération. Le tableau ne serait pas complet, sans l’agression manquée de l’Italie fasciste de la Grèce (octobre 1940), qui tournant au désastre nécessita l’intervention de l’allié allemand. Enfin, l’Italie envoya un important corps expéditionnaire pour soutenir l’invasion de l’URSS (août 1941). L’affaire tourna finalement au désastre, notamment dans les neiges de Stalingrad et dans les déroutes qui s’ensuivirent. Toutefois, il est probable que le président italien n’aura pas lu Cent mille gamelles de glace, un ouvrage de l’Italien Giulio Bedeschi (1965), racontant le calvaire des soldats italiens suite à leurs cuisantes défaites. L’écrivain savait de quoi il parlait, car il fut l’un des survivants de l’aventure italienne sur le front de l’Est… et resta un fasciste indécrottable après la guerre.

Ce genre de déclarations irresponsables et révisionnistes, anachroniques se sont multipliées en Occident, l’Italie n’étant pas un cas isolé, et la France pas la dernière en la matière. Ces propos révisionnistes sont condamnables, car ils permettent d’ouvrir de dangereuses portes sur une réécriture de l’histoire, de brouiller les pistes, d’inverser les rôles, puis comme en Ukraine de réhabiliter les collaborateurs des nazis, et dans l’étape suivante de les honorer de manière assumée et ostentatoire.

IR
Laurent Brayard - Лоран Браяр

Laurent Brayard - Лоран Браяр

Reporter de guerre, historien de formation, sur la ligne de front du Donbass depuis 2015, spécialiste de l'armée ukrainienne, du SBU et de leurs crimes de guerre. Auteur du livre Ukraine, le Royaume de la désinformation.

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